jeudi 15 mai 2008
L'avènement du Zénith
Par Florent Toniutti, jeudi 15 mai 2008 à 01:13 :: Coupe de l'UEFA
Nette et sans bavure, voilà l'expression bateau pour qualifier la victoire du Zénith Saint-Petersbourg ce soir, en finale de la Coupe de l'UEFA face aux Glasgow Rangers. Il n'y avait pas photo entre les deux équipes, la meilleure affichant une maîtrise technique largement supérieure à celle de son adversaire.
Les deux équipes affichent le même schéma tactique avec 3 milieux axiaux mais n'en font pas le même usage. Côté russe, les intentions sont offensives, avec une envie de garder le ballon au sol et de créer le surnombre grâce aux montées des latéraux (Anyukov et Sirl) et de deux des trois milieux axiaux (Zyrianov et Denisov). En face, le football écossais dans toute sa splendeur : dix défenseurs et un attaquant qui dit conserver le ballon en attendant du soutien. Dès le coup d'envoi, les dés sont déjà jetés et les scénarios possibles fixés : ou le Zénith ouvre la marque et enfile les buts, ou les Rangers tiennent et marquent sur un malentendu. Une chose est sûre : les supporters sont présents et se font entendre, tant les nombreux supporters écossais qui ont fait le court déplacement à Manchester que les 15000 russes qui vont se faire de plus en plus présents au fil de la rencontre.
La première période tend vers le second scénario ; le Zénith confisque le ballon mais n'arrive pas à concrétiser sa domination. En revanche, on est bien loin d'assister à un but des Rangers tant les écossais ont du mal à porter la balle dans les 40 derniers mètres adverses. Au retour des vestiaires, on repart sur les mêmes bases et au moment où les Rangers poussent un peu plus leurs offensives, Arshavin part en contre et lance les hostilités en voyant sa frappe dégagée sur sa ligne par Papac. Dix minutes plus tard, le même Arshavin, sollicité par Denisov, délivre une superbe passe entre les deux centraux des Rangers pour le même Denisov qui va tromper Alexander. Menés à la marque, les Rangers se réveillent : McCulloch, Boyd et Nacho Novo entrent pour prêter main forte à Darcheville...Mais il est trop tard. Dans les arrêts de jeu, suite une splendide séquence collective en une touche de balle devant la surface écossaise, Zyrianov reprend un centre à ras de terre de Tekke pour parachever le succès de hommes des siens. Fermez le ban.
Le Zénith termine donc son parcours européen de la plus belle des manières ; après s'être offerts les scalps de Villareal, Marseille, Leverkusen et le Bayern, les hommes de Dick Advocaat n'ont pas tremblé au moment de gravir la dernière marche vers le trophée. Si, d'un point de vue qualitatif, ces quatre équipes (surtout la première et la dernière) sont capables de rivaliser normalement avec le Zénith, je ferai la remarque qu'au moment où le Bayern a joué sa demi-finale, en avril, le Zénith était en pleine première partie de championnat. La forme physique n'est pas du tout la même, entre une équipe qui est sur la fin de sa saison et l'autre en plein milieu. Mais si cette remarque rabaisse un peu la perf des russes face au Bayern, elle fonctionne dans l'autre sens : face à Villareal et contre l'OM, ils étaient complètement crâmés, en pleine préparation d'avant-saison...
Grâce à cette victoire, le club de Saint-Petersbourg devient le second club russe à ramener une Coupe d'Europe au pays. La première n'est pas si lointaine ; avant le doublé de Séville en Coupe de l'UEFA, le CSKA Moscou, emmené par Daniel Carvalho et Vagner Love avait remporté la compétition en 2005. Ces deux titres, récents, dégagent sans doute une tendance qui devraient s'affirmer dans les prochains mois. Depuis quelques années, trois clubs se tirent la bourre en tête du championnat russe : le CSKA Moscou, le Spartak Moscou et le Zénith. Bénéficiant d'importantes ressources financières (je rappelle la source Gazprom pour le Zénith), ces trois clubs ont réussi à conserver leurs pépites dans le championnat et en attirer d'autres venant des pays voisins ; je peux mentionner le cas de Tymoschuk, plus gros transfert de l'histoire d'un club russe, passé du Shakhtior Donetsk au Zénith. Grâce à leurs performances en Coupe d'Europe, ces gros clubs russes pourraient compter lors des périodes de transferts au moment d'attirer les stars des championnats de seconde zone...avec en première ligne, le championnat français. D'ailleurs, ça a déjà commencé puisqu'on a pu voir le Zénith contacter le marseillais Valbuena il y a quelques semaines. Le football russe devra de toute façon passer par là pour franchir un nouveau palier. Peut-être aussi en passant par une bisounoursification de ces supporters ; on a notamment appris ce soir qu'aucun joueur de couleur n'a porté le maillot du Zénith parce que "les supporters ne l'accepteraient pas".
Je finirai en comparant l'émergence du football russe au déclin (?) du football français. Un championnat ne peut que progresser grâce à la concurrence. Avec sa stratégie de pillages des autres clubs pour "gagner la Ligue des Champions", l'Olympique Lyonnais a desservi ses propres intérêts pendant six ans. Sans concurrence, sans sparring partner en championnat, ils se sont à chaque fois retrouvés incapables de gérer les grands rendez-vous en Ligue des Champions. Cette écrasante domination de l'OL a eu pour effet d'affaiblir, logiquement, les autres grands clubs ; Paris souffre aujourd'hui, Bordeaux et Marseille se sont faits peur et ont dû repartir de zéro. Mais la fin de saison annonce peut-être la fin de l'hégémonie lyonnaise ; même s'ils sont champions, Bordeaux risque de s'ériger en concurrent la saison prochaine. Il en sera peut-être de même pour l'OM. Le modèle de la concurrence a fonctionné : Big Four en Angleterre, Real/Barça en Espagne...et fonctionne encore avec l'exemple russe d'aujourd'hui...Fonctionnera t-il en France ?...